Les soins dentaires proactifs sont essentiels pour les patients modernes

Perspectives du traitement parodontal, quelles avancées?

Par le Docteur Olivier Huck

La régénération parodontale est le but ultime du traitement parodontal. Cependant, cet objectif est rarement atteint malgré des traitements efficaces mais associés à une cicatrisation laissant persister des séquelles esthétiques et fonctionnelles. Le contrôle de l’infection et de l’inflammation est crucial pour la régénération parodontale. Par conséquent, la recherche en parodontologie se concentre actuellement sur l’étude de nouvelles stratégies thérapeutiques faciles à utiliser, peu coûteuses et sans effets secondaires, ciblant l'infection et l'inflammation au site de la lésion parodontale. 

Les propriétés mécaniques, physiques et chimiques du vecteur sont d’importance. Les vecteurs locaux sont privilégiés en parodontologie pour leur capacité à maintenir et stabiliser l’espace de cicatrisation, leur aptitude à guider la prolifération cellulaire au niveau du site traité en mimant la matrice extracellulaire ou en créant une zone d’exclusion sélective et pour certains d’entre eux en libérant des molécules actives lors de leur . 

Du côté des adjuvants thérapeutiques, de très nombreuses pistes ont été explorées ces dernières années.

Les découvertes récentes sur la modulation de l’expression génique a conduit notre équipe à s’intéresser à l’action des micro-ARN sur l’inflammation parodontale. Nous avons d’abord identifié et caractérisé les micro-ARN impliqués dans la réponse inflammatoire des macrophages exposés à une infection induite par Porphyromonas gingivalis (P.g) (Huck et al., 2017). L’analyse bio-informatique de presque 2000 micro-ARN, a permis d’identifier les micro-ARN 155 et 2137 impliqués dans la sécrétion de l’IL-10 par les macrophages en milieu infecté par P.g in vitro. Un modèle de lésion calvaria induite par P.g a ensuite démontré que le traitement par inhibiteur de mi-ARN 2137 ou par molécule agoniste de mi-ARN 155 était à l’origine d’une réduction significative de la taille de la lésion associée à une réduction de l’infiltrat inflammatoire. 

En parallèle, nous avons développé un gel thermosensible fonctionnalisé par des nanoémulsions d’atrovastatine et de lovastatine (Petit et al., 2020). In vitro, les nanoémulsions de statine ont été capables de contrecarrer la réponse inflammatoire relayée par le TNF-α et l’Il-1β, et d’empêcher la surproduction de RANK-ligand, impliqué dans la différenciation des ostéoclastes, sur des cellules épithéliales buccales et des fibroblastes gingivaux infectés par P.g. Elles ont aussi favorisé l’expression de la bone sialoprotéine 2 (BSP-2), une protéine impliquée dans la cicatrisation osseuse, par les ostéoblastes. In vivo, le gel à base de chitosan fonctionnalisé aux statines a accéléré significativement la cicatrisation osseuse sur un modèle murin de défaut critique de calvaria. 

En ce qui concerne les stratégies de modulation du microbiote, le probiotique L.reuteri utilisé en complément au traitement parodontal non chirurgical a permis de réduire cliniquement la perte d’attache et le saignement au sondage de patients atteints de parodontite chronique (Martin-Cabezas et al., 2016). D’un autre côté, de nouvelles perspectives de recherches sont ouvertes par Akkermancsia muciniphila, une bactérie commensale du tractus digestif qui possède des propriétés anti-inflammatoires. In vivo, A.muciniphila a diminué l'infiltration des cellules inflammatoires et la destruction osseuse sur un modèle murin d'infection de calvaria par P.g (Huck et al., 2019). Dans un modèle murin de parodontite expérimentale, le traitement par A.muciniphila a entraîné une diminution de la perte osseuse alvéolaire. In vitro, l'ajout d'A.muciniphila aux macrophages infectés par P.gingivalis a augmenté la production d’IL-10 anti-inflammatoire. De plus, la co-culture d'A.muciniphila avec P.gingivalis a réduit l'expression de l'ARNm des gingipaïnes, .

Enfin, l’hémoglobine dérivée du ver marin Arenicola marina (M101) est un transporteur d’oxygène qui a démontré des propriétés anti-inflammatoires, anti-bactériennes et anti-oxidantes prometteuses pour son utilisation dans le cadre du traitement parodontal (Batool et al., 2021). In vitro, M101 a permis de réduire significativement l'expression génique de marqueurs pro‐inflammatoires tels que TNF‐α, NF‐κΒ et RANKL dans les cellules épithéliales orales infectées par P.g (Batool et al., 2020). De plus, M101 a ralenti la croissance du biofilm de P.g in vitro. In vivo, le traitement par M101 a permis de réduire la taille d’un abcès calvarial induit par une infection à P.g chez la souris (Batool et al., 2020).

Une autre étude montre que l’ajout de M101 à un gel d’acide hyaluronique permet de potentialiser l’effet du gel sur la diminution de la croissance bactérienne de P.gingivalis in vitro (Özcelik et al., 2021).

Ainsi, la recherche en parodontologie s’appuie sur de nombreuses pistes prometteuses. En combinant les bons adjuvants au sein du bon vecteur, leur action synergique pourrait aboutir à la régénération de l’attache parodontale. Mais avant d’être utilisables en pratique clinique courante, les stratégies thérapeutiques en développement doivent encore passer par une validation sur des modèles de parodontite in vivo, une évaluation de l’efficacité en milieu septique et une évaluation du rapport coût-efficacité avant de faire l’objet d’études cliniques permettant d’affiner les indications cliniques précises pour chaque stratégie thérapeutique développée.